jeudi 19 février 2015

Dans ses yeux / El secreto de sus ojos


Film Argentin/Espagnol 
de J.J CAMPANELLA

Date de sortie : 2009
127 mn
OSCAR 2010 du meilleur film étranger 














Action !
Gros plan sur son regard.
Arrêt sur image.



Deux mains  se rejoignent, séparées par le hublot d’un wagon qui démarre. Deux cœurs esseulés. Il court jusqu’en queue de train et voit la silhouette, de son amour perdu, devenir minuscule dans ses yeux,  mais de plus en plus immense dans son cœur.


 Coupez !

Un quai de gare peut être un lieu de bonheur infini comme un lieu de tristesse et de solitude absolue. Tout dépend si le soleil se lève, ou se couche.

« II se souviendra toujours de la saveur de la confiture de groseille, l’imprimé à fleurs de sa chemise de nuit, et surtout, son sourire. Ce sourire du petit matin qui se mélangeait au rayon du soleil qui caressait sa joue gauche, et qui  … »

Voici les premières lignes du roman de Benjamin Espósito, protagoniste de ce thriller. Son histoire est inspirée par un fait divers survenu en 1974. Une jeune femme est violée et abattue sauvagement à Buenos Aires. Un meurtre dans une Argentine à feu et à sang, déchirée par la violence, la crise, les émeutes et la torture. Un pays en pleine répression dans ses années les plus sombres.

Benjamin, retraité du tribunal de justice profite de l’écriture de son roman pour revenir sur les traces de cette histoire qui l’obsède depuis toutes ces années. Il veut se libérer de ce souvenir : un dossier sur lequel il avait travaillé, mais dont l’enquête avait été rapidement classée par un avocat véreux et corrompu. Ces recherches le ramèneront sur les pas de  sa supérieure hiérarchique, Irène, qu’il aime secrètement depuis 25 ans, d’un amour incandescent et passionnel.

Comment ai-je pu passer à côté de ce film de Juan José CAMPANELLA.  Le duo Ricardo Darin/Soledad Villamil fonctionne à merveille. Le second rôle, interprété magistralement  par Guillermo Francello, est bouleversant de vérité et reste à mes yeux la meilleure distribution de ce long-métrage. J’ai cette chance de pouvoir regarder ce film en V.O et ainsi profiter de toute la nature du dialogue et des merveilleuses répliques dans la langue de Don Quichotte. Les plans caméra sur les yeux nous ensorcellent et se passent de toute traduction et commentaire.

Ce n’est pas l’Argentine de la pampa… Et la dictature argentine est beaucoup moins glamour qu’un regard andalou écoutant le plus célèbre tango de Carlos Gardel. Mais il s’en dégage une ambiance lourde de sentiments et de sensualité à travers les jeux des regards. Le tout divinement mis en valeur par la musique  de Federico Jusid et Emilio Kauderer

Ce n’est pas le plus grand film jamais vu. Non, juste un bon thriller romanesque. Mais pourquoi donc un tel film ? Parce qu’il se passe parfois beaucoup de choses dans les yeux de quelqu’un. Beaucoup de sentiments dans le regard de l’autre. Et puis il y a Ricardo Darin… Je suis une aficionada de Ricardo comme d’autres peuvent l’être de Javier Bardem ou de Penelope Cruz.  J’aime le regarder, j’aime quand il me regarde. Et pourtant je ne regarde pas souvent les gens… Mais il est différent et j’ai cette envie, ce désir, de le regarder dans les yeux. J’adore cet acteur Argentin (bon ok, je crois que c’est le seul que je connaisse) mais il y a quelque chose dans le bleu de ses yeux, une aura qui  transperce la pellicule et qui me touche. J’aimerai  me noyer dans cet azur, un regard  pénétrant  qui me bouscule.
   
Et puis cette «Joder*» de machine à écrire, en panne d’une lettre, une seule et unique voyelle qui ne peut se graver sur le papier 
« TE  MO »
« JE CRAINS  »

et tout le sens en est modifié.



Te (A)mo - Je t'Aime

« Dans ses yeux », une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé !






Mes post it  :

« El "pero" es la palabra más puta que conozco -. "te quiero, pero…" ; "podría ser, pero…" ; " no es grave, pero… ". ¿Se da cuenta? Una palabra de mierda que sirve para dinamitar lo que era, o lo que podría haber sido, pero no es. »

« Le "mais" est le mot le plus pute que je connaisse-. "Je t'aime, mais..." ; "cela pourrait être, mais " ; " ce n'est pas grave, mais..." Vous vous rendez compte ? Un mot de  merde qui sert à  faire exploser ce qui était ou ce qui aurait pu être, mais qui n'est pas  »


« El tipo puede cambiar de todo. De cara, de casa, de familia, de novia, de religión, de Dios. Pero hay una cosa que no puede cambiar . No puede cambiar de pasión. »

« L'homme peu changer de tout. De visage, de maison, de famille, de fiancée, de religion, de Dieu. Mais il y a une chose qu'il ne peut changer. Il ne peut changer de passion. »

*Putain  
Va a ser complicado.
 No me importa
 Cerrá la puerta.
******** The End ********

mardi 17 février 2015

Les menottes et le radiateur

Alexandra Lapierre

Les Editions : Plon 2011



Je vous la fais rapide pour ce délicieux roman de 95 pages qui ne laisse aucune place aux préliminaires et aux civilités.

Quoi de plus excitant que se la jouer SM avec son partenaire, et pourquoi pas sur la voix de Roger Hodgson « Crime of The Century ». Oubliez la routine ennuyeuse et tue-l’amour. Laissez-vous emporter par un plaisir et un désir érotiques à l’état brut.

Suzon est restauratrice de fresques à Rome. La quarantaine à peine, femme libérée et passionnée, elle raconte par mails, des situations et liaisons torrides, ses histoires cocasses et ses frasques amoureuses à son amie de toujours, Valentine.

8 messages, via internet, qui nous embarquent dans ses aventures d’un soir, toutes aussi burlesques les unes que les autres.

Un léger voile de « liaisons dangereuses » plane entre les lignes. Le jeu d’écriture D'Alexandra  Lapierre est tantôt ironique, tantôt libertin mais ne frôle jamais la vulgarité. Il laisse place à notre imaginaire. On rit, notre esprit s’enflamme, on rougit de plaisir et on en redemande encooooooooore.

Un vaudeville truculent et captivant où se mélange humour et légèreté.  Un petit bonbon acidulé qui se laisse sucer avec gourmandise jusqu’à la fin.


« Les menottes et le radiateur » , une coupe de prosecco, du miel et mes  « fuck-me shoes » of course!



Mes post-co ït pour vous mettre en appétit :

"Je me suis maquillée et changée dare-dare : petite robe noire très décolletée pour le dîner, dessous La Perla et talons aiguilles, les chaussures qu'il aime bien et qu'il a baptisées mes "Fuck-me shoes"...
Dans mon baise-en-ville j'ai enfourné tout ce qui tombait sous la main, un chandail, un foulard, les fameuses menottes. [...]
Souhaite-moi bonne chance ... Car je l'aime, mon Poisson Froid !"


"Je connaissais la retenue du Cold Fish au lit, sa réserve dans la jouissance, cette fameuse distance qui, jusqu'à présent, rendait nos ébats plus subtils que bouleversants... Je l'ai découvert cette nuit aussi voluptueux qu'insatiable : un vrai virtuose du plaisir dont il peut parcourir la gamme dans tous les sens. A l'envers, à l'endroit, au propre et au figuré. Quand à la passion... comment ai-je osé qualifier mon Anglais de froid ? Remarque, on peut comprendre qu'il cherche à brider ses instincts... Parce que, lorsqu'il leur laisse libre cours, il ne sait plus s'arrêter. c'est l'explosion. Il ne met ni borne ni frein à ses appétits. Aucune sorte de limites... Du délire. De la déraison. De l'exagération.
De toi à moi, Vale, ce fut formidable, l'une des expériences les plus fortes de ma vie !" 


Je vous laisserai  le soin de découvrir les scènes des menottes en toute intimité.
 ;-)

Un grand merci à mon Charentais préféré pour cette croustillante lecture...

Euh... Ze veux bien un autre bonbon sieuplaît ^^ !

Pour lire le billet de Mister Green Frog 
crÔa 


Et pour suive les actualités d'Alexandra Lapierre 
sur son site officiel  cliquez

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samedi 14 février 2015

A Night in San Francisco





Je patiente depuis des heures dans une foule en délire, la fièvre brûle les corps, il fait chaud, les tee-shirts collent à la peau, mais la patience, je connais, elle est mon alliée. Je veux être au premier rang. Une envie de pipi, mais je ne bouge pas d’un cran. Je garde jalousement ma place. Le premier qui se plante devant moi je dégaine mon regard lanceur de missiles andalous et je le fusille sur place.

James Hunter commence son Riff de guitare. Mon corps ne peut s’empêcher de balancer sur cette superbe reprise de  « Johnny Kidd and the Pirates 1960 ». Les milliers de gens rugissent de plaisir aux premiers accords. Envolées ces longues heures d’attente, il n’y a plus que Van Morrison & moi. Il me regarde et me parle :

“Goin, goin', goin', goin'
Way back, way back, way back
Way back, way back, way…”



When you move in right up close to me
That's when I get the shakes all over me…


La foule est en ébullition, les yeux rivés sur la scène, et voila qu’un type louche se plante devant moi et me gâche la vue. Tee-shirt bleu, au dos inscrit Linea 31, jean, kickers !

" Nom de Zeus, il va l'enlever son pétard osseux de mon soleil ! "

Je ne me démonte pas. Je dégaine mes missiles, lui tape l’épaule et le type louche linea 31, le gars qui ne savait pas sourire, se tourne !
Oups ! 46/47 pointure fillette ! Je lève la tête, Ppfiiitttt c’est loin là haut ! Euhhhh ... 1m87 peut être plus !

Je soutiens mon regard, me mets sur la pointe des pieds et mes yeux se transforment en délicieux papillons, la bouche en cœur,  j’arme mon sourire trompe couillon :

" Siouplaaaîîîît Meussieu ! "

Ni une ni deux, voilà que le type me prend par la taille et  hisse mes 57 kg sur ses épaules. La scène n’appartient qu’à moi « Shakin ‘ all over » et quel beau monde sur ce plateau : Georgie, Haji, Kate, Ronnie, Teena, John, Nicky, Geoff, Brian, Shana, Candy, Junior... et puis le voilà qui rentre sur scène, je n’en crois pas mes yeux du haut de mes 1m87 et des poussières …

Est-ce possible ?!
F-e-e-els, F-e-e-els, so good
Make me feel so good

Je le reconnais … Le grand... La légende... A king of the blues : John Lee Hooker !



Went in my roo-oom
Knocked on my do'

Feels, feels, f-e-e-els
Make me feel so good
Yeeeeah!

La salle est en délire. Le public en émoi. La température monte, un moment suspendu dans l'espace et le temps. Nous sommes en pleine communion avec John Lee, Van, sa guitare blues, la musique and Gloria.


Ce soir je suis ta Valentine  :

G (G), L (L), O (O), R (R) I-a (I-a)
A-yeah-yeah-yeah, A-yeah-yeah
(G-L-O-R-I-A)
(Gloria)
G-L-O-R-I-A
(Gloria)

Une Douce St Valentin 
à tous les Amoureux 
et pour ceux qui ne le sont pas encore, 
n’oubliez pas qu’il y a 
quelqu’un qui vous attend quelque part !

This night, for you, my name is :







'G'
(G!) L-la (L-la) O-ooh (O-ooh)
R'rrr (R'rrr) I (I) A-aay-aay
(G-L-O-R-I-A)
(Gloria)

Wanna shout ev'ry night
(Gloria)
Wanna shout ev'ry day

(G-L-O-R-I-A)
(G-L-O-R-I-A)
(G-L-O-R-I-A)
(G-L-O-R-I-A)
(G-L-O-R-I-A)
(G-L-O-R-I-A)


Make me feel good, too Babe !



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" Euuuhhh Siouplaîîîîît Meussieu le type louche Linea 31,
Je peux redescendre ?! 


G.L.O.R.I.A...

vendredi 6 février 2015

J'aimais mieux quand c'était toi

Véronique OLMI

Editions : Albin Michel
134 pages
2015 

Rentrée littéraire




                                                                                                   
Ma Carolette, mon Attachiante,

Pourquoi se contenter du pire quand le meilleur s’offre à nous ? Ne serait-ce que pour une minute, une heure une éternité…

T’est-il déjà arrivé, Carole, de t’assoir sur un banc, le temps s’arrête, ton regard est dans le vide mais ton cerveau est en pleine ébullition prêt à exploser ? Devant ce banc plusieurs chemins se présentent à toi. Lequel choisir ? Voilà le dilemme qui torture l’esprit de Nelly, 47 ans.

Nelly est assise sur ce banc, au milieu d’une gare. Peu importe que ce soit Nelly, toi ou moi, 47 ou 34 ans !  Quelle importance au fond, un jour ou l’autre un banc se présente à nous et le dilemme tombe comme une urgence, comme si notre vie en dépendait !

Nelly est actrice. Ce soir, l’attend un grand rôle au théâtre. La salle est comble. Mais un homme, au centre du cinquième rang lui fait l’effet d’une entaille, d’une trahison. Nelly puise en elle la force pour tenir son personnage. Mais son corps démissionne. Ses mots se fragmentent en silence. La représentation chavire, la pièce est annulée !

Nelly fuit. Elle va marcher sans but dans les rues de Paris à la recherche d’une réponse, d’un souffle, d’un sursaut de vie qui lui manque pour ne pas asphyxier. Dans cette gare, sur ce banc elle se pose. Durant toute une nuit, l’heure de la mise au point est venue, un face à face s’impose. Des images de sa vie lui reviennent comme des boomerangs. Des flashbacks jaillissent comme des missiles. Ça fuse de toute part. Pas le temps de souffler que ça retombe, coup de poing dans la gueule, aucune pitié pour Nelly. N’oublie pas de tendre l’autre joue ma fille, Dieu l’a dit ! Et puisque tu as choisi ta vie, maintenant tu assumes, quitte à en crever. Pour le meilleur et pour le pire. Pas le droit à l’erreur. Putain, comme ça fait mal. Mais Nelly reste sur ce banc, affronte ses démons, se couche, se relève comme un bon petit soldat et nous raconte :

Une mère qui sombre peu à peu dans la maladie : Les ténèbres de l’oubli.
« Je me demande pourquoi j’ai voulu la blesser. Pourquoi haïssant sa maladie, je me suis emportée contre elle. Je la vois sortir de son rôle, être doucement happée par hier, et même si l’avenir est un oubli perpétuel, je voudrais qu’elle marche sans se retourner, avec une dignité que rien n’entame. »

Un père qui n’a pas eu les armes pour affronter sa sexualité.
« Et soudain, je pense à mon père. A sa vie qu’il n’a pas jouée. Et cette vie sans rébellion m’emplit de chagrin. Cet homme, magnifique personnage tragique, second rôle timide qui ne savait pas qu’il pouvait parler aussi fort que les autres… qu’y avait-il à l’autre bout de la plage, papa ? Y avait-il la solitude, la tentation du suicide, ou celle d’autres hommes ? »

Deux fils qui ne voient en elle qu’une mère dans ce grand lit désert et froid.
« Ils ignorent ma chambre vide. Ils font confiance. […] Comme si la maternité nous rendait infaillibles. Et pourtant, il suffit d’un rien. Un homme qui n’est pas eux. Un homme qui passe et leur mère n’est plus leur mère. Juste une femme qui hurle de douleur. Qui meurt sur scène. Et couche dans les gares. »

Un homme effacé mais tellement présent.
« Mais ce soir, hier soir, elle s’est octroyé le premier rôle. Elle a placé au centre du cinquième rang – place idéale – l’homme idéal. Celui que j’avais nié sans l’oublier. Occulté sans le quitter. Le porteur de vie. L’amoureux. Pas un jeune premier, non. Un homme d’âge égal au mien. De force égale. […] Un fait pour moi. »

Une vie. Sa vie. Ses choix.
« Est-ce qu’on me laissera jouer encore ? Est-ce que vous pensez que cela est possible ? Un pardon ? Une grâce … »

On ne peut être que touché, réveillé, bousculé, par la fragilité de cette femme et par l’écriture sobre de l’auteure, comme des cris, des bouteilles à la mer. On s’en prend plein la gueule et on se demande, Nelly, Carole, 47 ou 34 ans quel chemin, quel choix, quelle voie ? Celle que nous dicte une certaine retenue, une certaine conscience morale ou celle qui va nous apporter cette petite brise qui nous rend si vivant ? A droite ? A gauche ? Tu me suis ? Ne pas cracher sur le bonheur.

« J’aimais mieux quand c’était toi », mais je sais, Carole, combien tu préfères quand Aimer se conjugue au présent : Tu aimes mieux quand c’est lui ! Et comme tu as raison ! L’Amour c’est quand même mieux quand il est vécu au présent ! Ne pas avoir de regret, ne pas avoir à se dire que l’on aurait pu…

Contre vent et marée, Nelly et toi avez fait le choix de la Vie, de l’Amour, pour une minute, une heure et pourquoi pas l’Éternité ?

Joyeux Anniversaire Carole pour tes jolis printemps !

« J’ai vaincu la mort pour cet instant-là. Précisément. Être dans ces minutes-là. 
Ce regard-là. Cet homme là.
Le temps s’incline et nous quitte.
Et la vie est là.
Mon Dieu…
Comme c’est simple. »





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