lundi 29 avril 2013

Les pieds bandés

Li Kunwu

BD One shot
Edition Kana
127 pages

 
Souffrir pour être belle !
Foutaise ! Souffrir pour être sous l’emprise des hommes. Je comprends pourquoi la femme est plus endurante que l’homme à la douleur. Deux mille ans de soumission ça forge le caractère.
La loi du plus fort est toujours la meilleure. Ce vieil adage est toujours d’actualité malheureusement, les pieds et les seins bandés, l’excision, le voile, paraître 15 ans plus jeune et j’en passe.
L’auteur Li Kunwu raconte avec pudeur et beaucoup d’amour la vie de sa nourrice Chunxia. Il nous dévoile 60 ans de souffrance et de calvaire que fut la vie de cette femme dans une Chine du début du XXème  siècle. Ce one shot très riche nous apprend beaucoup sur la culture, les traditions et la révolution  chinoise. A sa lecture je fus désorientée, en colère de voir ce petit bout de femme accepter avec résilience et résignation son sort.
 
Cette pratique remonte au Xème siècle. Un Empereur fétichiste des pieds, quelque peu dominant, vous en conviendrez,  demanda à sa concubine de se bander les pieds afin qu’ils soient les plus petits possible et ceci tout simplement pour accroître son désir sexuel. Cette coutume se répandra dans le pays  et durera jusqu’au XXème siècle.  Mille ans de souffrance et de soumission : Toi femme, tu auras de tout petits pieds et ainsi tu ne pourras  m’échapper : femme tu es, femme faible et chaste tu resteras! Voilà ce que raconte l’histoire de Chunxia. Pour qu’une Chinoise ait l’opportunité de faire un mariage avec un bon parti, elle devait avoir des pieds à taille idéale appelée Lotus d’or soit 7,5 centimètres. Le passage dans ce récit de la pratique du bandage m’a fait grincer des dents, j’avais envie de secouer la mère de Chunxia et lui dire :
Comment peux-tu infliger ça à ta propre fille, toi qui as tant souffert ?
«Mais vous savez, une paire de petit pieds, c'est une grande jarre de larmes. A l'époque, je souffrais tant que je désirais mourir.»
Mais que peut-on sur le poids d’une symbolique, d’une tradition et le gouffre de la misère ?
«Plus tu es pauvre, moins tu te bandes les pieds, moins tu te bandes les pieds, plus tu es pauvre.»
L’histoire de cette femme est prenante, saisissante et très enrichissante sur le plan culturel. J’ai été quelque peu déçue par le graphisme, non pas parce qu’il est sombre mais les traits manquent parfois de finesse et de précision. Néanmoins, l’écriture  tout en pudeur, prend vite le dessus sur le dessin et nous embarque dans une épopée chinoise intéressante,  d’avant Mao, que peu de femmes auraient voulu connaître, même avec le plus beau parti du monde.
Après ce récit émouvant, qu’il fait bon danser, courir, marcher, s’enfuir, rester, sauter et s’il le faut mettre des coups de pied au cul !
Les pieds bandés, de l’espoir à la désillusion, une très belle histoire touchante que je conseille pour comprendre une période révolue !
Souffrir pour être belle ? Venez me le dire entre quatre yeux que je prenne mon pied !
Fétichiste moi ?


 
 
 
 
 

vendredi 26 avril 2013

LE COMBAT ORDINAIRE

4. Planter des clous

Manu LARCENET

Couleurs : Patrice Larcenet
Edition : Dargaud

 

Emue je suis !
Marco, Georges, Emilie, Pablo et tous les autres, c’est aujourd’hui que nos chemins se séparent. Vous allez tellement me manquer. Ce quatrième et dernier volet clôt à merveille cette aventure et laisse une trace indélébile dans mon cœur.
Marco est entré dans ma vie, je suis rentrée dans la sienne, nous nous sommes reconnus et compris. Il  m’a raconté son histoire qui est un peu la mienne et certainement  la votre aussi. A travers sa vie il nous parle avec violence et sincérité de toutes ces choses ordinaires  qui font de nous des Êtres  extraordinaires, si solides en apparence mais tellement fragiles. A chaque album refermé des questions existentielles se présentent à nous : La famille, les amis, le travail et puis l’amour. Nous vivons une époque où tout se marchande : La confiance, l’amitié, le bien être et même le sexe.
Cet album nous parle d’une société qui lutte en pleine décroissance, de petits gens hypocrites qui choisissent le désamour en échange d’une ascension. Marco se pose des questions sur sa relation Père-Fille. S’il n’a jamais été aussi important d’être un bon parent, il n’a  jamais été aussi difficile de l’être ! Il apprendra à le devenir, avec son flot d’erreur, ses blessures, ses maladresses, le tout enrobé d’amour. L’important  n’est il pas d’être en accord avec soi même et de parfois savoir perdre ses illusions pour réaliser ses rêves d’enfants ? Voilà ce que nous apprend Marco à travers son histoire. En somme une histoire banale, le combat ordinaire d’un mec comme vous et moi qui  va, à sa façon, nous révéler ce qui est précieux en nous, même en quantités négligeables et que, quelque soit notre place dans cette société : PDG ou planter des clous, en haut de l’affiche ou tout en bas de l’échelle nous avons tous un même et unique objectif :
L’Amour et  le Bonheur !
 
Un trésor d’émotion, d’humour et de vérité. L’auteur est un double génie pour avoir su dépeindre cet ordinaire en extraordinaire. Il a le don de transformer le plomb en or et faire de ses silences, des cris troublants. 
Larcenet : Comment d’un coup de baguette magique nous ramène t’il aux choses  Essentielles !
 
Le Combat Ordinaire,  l’histoire d’une vie, Notre Vie….
Merci manU de m'avoir mené vers ce Combat Extraordinaire

 
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mercredi 24 avril 2013

Magasin Général

Régis LOISEL & Jean-Louis TRIPP

Expressions françaises québécoises :
Jimmy Beaulieu
Couleurs :
François Lapierre

Tome I, II, III
Edition Casterman


Ôh Marie si tu savais...

C'est dans un petit canton calme du Québec au doux nom de "Notre-Dame-des Lacs" que vit une centaine d'âmes. Nous sommes en 1920. Tout ce village vit au rythme du Magasin Général, petite épicerie où tout se vend, véritable lieu de vie, de rencontre, de partage, le cœur du village en somme.

Mais ce calme n'est qu'apparence car "Notre-Dame-des-Lacs" abrite des âmes bien peu scrupuleuses. Il y a l'idiot, Gaétan, tellement attendrissant. Nous pouvons y croiser Mr le Maire ou la veuve Gravel. N'oublions pas Mr le Curé Beauregard toujours présent pour adoucir les mœurs. Au sud du village, il y a la scierie de Noël Poulin. Ensuite, planquez-vous ! car un peu plus bas, il y a les sœurs Gladu, trois horribles mégères aussi méchantes l'une que l'autre. Leur présence rend l’atmosphère lourde et pesante au sein de cette petite communauté. Certains villageois sont adorables quand d’autres sont de vraies langues de vipères.
Enfin, il y a Marie, Marie pleine de grâce. Elle a quarante ans et dans son regard, on peut lire la mélancolie et la tristesse. C’est une femme généreuse qui n'a pas eu la chance de voir apparaître l'Ange Gabriel pour lui annoncer la venue d'un enfant. Alors à la mort de Félix son époux, elle se retrouve bien seule et bien démunie pour tenir le Magasin Général. Un commerce trop grand et trop lourd à gérer car Marie ne sait pas dire non et veut faire plaisir à tout ce petit  monde. C’est autour de son magasin que les langues se délient, les bonnes mais aussi les mauvaises nouvelles se répandent.
Et puis un jour tout à fait ordinaire, Serge arrive avec son accent français, si doux, si parfait et tellement à  l’écoute. Mais l’ombre de Félix plane. La rumeur va bon train et  fait vite le tour du village, cette rumeur qui  prolifère aussi vite que le venin, de bouche à oreille et qui peut à tout moment, comme une épée Damoclès,  laisser les plus vulnérables dans le chaos.
 
Ôh Marie si je pouvais …

J’ai aimé le premier tome, adoré le second, le troisième m’a subjugué et le quatrième me laisse présager l’extase. Loisel & Tripp ont conjugué à merveille leurs talents pour créer une histoire touchante et tellement proche du réel. Les répliques débordent d’expressions québécoises, toutes truculentes : Instants sourire garanties. Les auteurs ont fait de nombreux gros plans qui mettent en évidence le regard bouleversant de Marie. Les dessins sont somptueux, l’écriture est émouvante. La nature québécoise est dépeinte par des couleurs flamboyantes et automnales qui nous font penser à une envolée de feuilles d’érable. Je n’avais qu’une envie :

 Pousser cette porte ! Ding, Dong…
" Bonjour Marie, je voudrais ce qu’il vous reste de bonheur s’il vous plait "
 
 
Titi becs à mon Chum de Gars qui se reconnaîtra. Je te souhaite un bon séjour à «Notre-Dame-des-Lacs». Tabarnak ! N’oublie pas mon sirop d’érable, t’sais ben  que j'trippe !.... ;) ... ^^
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dimanche 21 avril 2013

La Dernière Leçon

Noëlle CHATELET
Edition SEUIL

 


C'est dans les halls de gare que se font parfois de belles rencontres. Pour moi ce fut UN LIVRE.
En attendant mon T.G.V, une fois de plus, j'errais au tabac-presse quand mon regard fut attiré par le titre d'un livre : La Dernière leçon.

 
Ces trois mots m'évoquaient douceur et poésie.
Je regardais la quatrième de couverture et fus plutôt déçu de constater qu'il s'agissait d'un récit témoignage, qui n'est pas la forme que j'affectionne le plus, écrit par Noëlle Châtelet, fille du personnage principal de ce récit. Je n'avais, néanmoins, rien d'autre à faire que d'attendre ce train, alors j'ouvris la première page, lus les 6 premières lignes, et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je fus kidnappée, sur le chemin de la dernière leçon.


[…] Ce sera donc le 17 octobre.
C'est ainsi, par cette phrase, toute simple, ces six mots, tout simples, que tu nous l'as annoncée, ta mort.
Phrase guillotine que cette petite phrase-là. Couperet. Six mots faits d'acier tranchant aiguisé avec constance, depuis des années.
Tu l'as prononcée tranquillement, calmement. Pour qu'elle fasse le moins de mal possible[…]



Lorsque l'on se retrouve à l'hiver de sa vie, ce n'est pas la mort qui nous fait le plus peur. Ce qui effraie, c'est la déchéance, la douleur, la maladie, ce corps abimé qui n'obéit plus et le regard d'impuissance de ses enfants sur soi.

[…] Mourir n'était pas indigne, c'est de rester, si fatiguée qui l'eût été […]





"Un hiver Vivaldesque enivrant" 

C'est le choix de cette mère que l'auteure, Noëlle Châtelet, va nous dépeindre, avec douceur, amour, authenticité, sincérité, générosité, sans tomber dans le pathos. Cette mère qui à 92 ans décide de faire un cadeau à sa fille.

[…] le cadeau, ton dernier cadeau de mère, tu le voulais magnifique, magnifié. Pour toi, ce ne pouvait être que ta propre mort. Maintenant.
-Maintenant ? Es-tu sûre que c'est maintenant ?
-Oui, ma chérie. Je suis sûre. Je le sais. MOI seule peux le sentir, le savoir. C'est maintenant. Après, ce sera trop tard … […]

Dans ce puissant cheminement et face à face ce n'est pas la fille qui va accompagner la mère, mais cette mère aimante, fatiguée, usée qui va la prendre par la main et la porter, la préparer à ce deuil, à cette future absence.
Elle le fera avec toute la délicatesse d'une mère, avec amour, sérénité, les larmes mais aussi des rires et des souvenirs. Jusqu'à ce que sa fille soit enfin prête.
Tout au long du récit nous verrons Noëlle Châtelet
rentrer en apnée et cette mère qui à chaque instant va lui maintenir la tête hors de l'eau et lui insuffler, le courage et la force de comprendre et d'accepter ce choix final :
[…] Tu me tiens, hein ?
Mais Oui, je te tiens ! […]


Ce livre est un vrai coup de cœur, laissant des traces indélébiles à l'âme. J'ai voulu souligner les plus belles phrases, pour m'en imprégner et je me suis surprise à souligner tout le livre car ce récit est dans sa globalité d'une beauté poignante, bouleversante, renversante…. Chaque mot, chaque phrase, est une bombe prête à exploser dans vos entrailles et au plus profond de votre cœur.
Ce récit ne parle pas de mort, il parle d'un choix. Il parle d'AMOUR, de l'Amour que porte une mère à sa fille et qui va lui apprendre :

 


[…]Qu'il faut vraiment l'aimer très fort, la vie, pour préférer la mort. […]
Sa Dernière Leçon.
NB : Attention ce livre est vendu sans kleenex, préparez vos mouchoirs !


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vendredi 19 avril 2013

LA PATIENTE

Jean-Philippe MEGNIN

Le Dilettante
158 pages


 
Dans la salle d’attente où se font entendre «Les suites pour violoncelle de Bach», la patiente est là, belle, mystérieuse et si déconcertante. Pourquoi est-il à ce point troublé ? A ce premier regard, Vincent gynécologue, devine que sa vie va basculer et ne sera jamais plus la même.
Durant toute l’histoire Camille D, la patiente, va jouer avec ce fil d’Ariane et tel un habile marionnettiste, elle va tirer sur les ficelles à son rythme. Elle mène le jeu : où, quand, comment et surtout pourquoi.
Au fil de ses consultations avec Camille D, Vincent, va comprendre la vie de son compagnon, David, son homme depuis 7 ans. Le puzzle va s’assembler pièce par pièce pour dessiner un tableau dans lequel il ne reconnait plus l’homme de sa vie. Il va entrevoir petit à petit les tenants et les aboutissants de sa relation et prendre conscience des tourments qui pèsent sur son couple. David a toujours maintenu un rempart invisible mais puissant qui sépare sa vie de la sienne. Vincent ne connaît rien ou si peu de sa famille après toutes ces années. Malgré tout, il a toujours accepté ce choix, ce malaise par amour et respect de l’autre; une histoire commune dans une indépendance scrupuleuse.
Et puis voilà que Camille arrive pour former  le triangle dramatique : Victime, Sauveur, Persécuteur.
Vincent, Camille, David : Ne dit on pas que dans un trio il y en a toujours un de trop ?
L’étau se resserre lentement, vicieusement, jusqu’à ce que le fil d’Ariane se rompe.
Ce fil était tellement tendu que j’ai commencé ce roman en début d’après midi pour le finir en fin de soirée. J’ai endossé le costume de Vincent le temps d’un livre pour saisir David, pour analyser le raisonnement de  Camille. Pour comprendre tout simplement !
Vincent ou comment "Les suites de violoncelle de Bach" garderont ce goût d’amertume.   
 
Un grand Merci à Toi! J'ai découvert ce livre tout à la fois délicieux et prenant sur le blog de "Jack se livre". Prenez le temps d'aller faire Un tour du côté de chez Jack où de belles chroniques et de magnifiques photos vous attendent et vous embarquent. Attention on en devient vite accroc!
NB : Il va de soit, Jacky, que pour moi cette suite de Bach représente le goût du bonheur et de la sérénité. Comme quand notre regard se pose sur Les Roches de Granit Rose...  ;)
 
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jeudi 11 avril 2013

UW1 Universal War One

Denis Bajram

La Genèse Tome I
Editon Soleil
 
 

Fnitter, Yesssssssssss !

Je ne pourrai plus dire : «Je n’ai jamais lu de livre de Science Fiction». Date à rentrer dans les annales,  aujourd’hui en  ce «Jedi»  11 avril 2013 Saint Stanislas, je ne suis plus vierge de cette série. Mais sachez que ce fût pour moi  une torture abominable. J’ai beau eu m’armer de mon sabre laser, de me glisser dans une combinaison moulante et sexy, monter dans un vaisseau spatial, et crier à tue-tête «JE SUIS TON PERE » NON! vraiment avec la meilleure volonté du monde la SF n’est pas pour moi. J’ai lutté vaillamment corps et âme pour finir ce livre. Je me suis motivée pour arriver à la dernière page :
Oui Chris ! Tu vas y arrivé, vas y, encore, Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Quand le mot fin est enfin apparu, c’est un soupir de soulagement qui est sorti du plus profond de ma gorge, Alléluia mon supplice est arrivé à sa fin.
Rendez-moi mon Luke, Han Solo et mon Chewbacca !

Bon j’arrête ! Un peu de sérieux.
Universal War One plus simplement UW1 rien que le titre m’agresse et me donne le tournis, est  une série de science fiction française  créée en 1998 en six albums.
Le 1er tome « La Genèse » démarre en 2098, grand Dieu, où serons-nous ? L’humanité a colonisé le système solaire entre Saturne et Jupiter. Mais un mur gigantesque, inquiétant et sombre apparait et sépare toute communication entre la terre et le système solaire. Le Cpt June Williamson et le Lt Kate Von Ritchburg engagent l’Escadrille Purgatory. L’escadrille est composée de 5 officiers, 1 femme et 4 hommes. Ces soldats au lourd passé sont en instance de jugement par la cour martiale, auront-ils une seconde chance ? En attendant ils s’unissent afin d’enquêter sur le mystère de ce mur, vérifier si un danger imminent les guettent et si une guerre universelle se prépare.
Pour la suite ne comptez pas sur moi, mais sincèrement je ne suis en aucun cas objective. Malgré un graphisme fluide et un scénario magnifique, vous aurez compris que la science fiction n’est pas ma tasse de thé. Allez donc plutôt naviguer sur le profil de Fnitter lire ses belles chroniques de science fiction en tout genre et laissez vous embarquer dans son vaisseau spatial, qui sait,  vous y croiserez peut être le beau Han Solo et la belle Princesse Leia…..
Fnitter sans rancune ?
Pour ma part je m’en retourne en 2013 sur notre Belle Planète
Bleue il y a tant de choses à faire ici-bas.
 
 
 
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mardi 9 avril 2013

Au Théâtre Ce Soir I


« Art »

Yasmina Reza

Edition Magnard
Classiques & Contemporains
81 Pages



Yasmina Reza ou l’ «Art» de tout dévoiler !
Serge  dermatologue, Marc ingénieur et Yvan représentant en papeterie sont unis par une très vieille amitié. Serge passionné de peinture et amoureux de Sénèque vient d’acheter un tableau blanc avec des liserés blancs, deux cent mille francs. Cet achat considéré comme grotesque et insultant par Marc va déclencher un séisme au sein de cette grande amitié. Trois personnages aux caractères totalement opposés vont s'analyser et réveiller de vieilles rancœurs.
Dans cette pièce sublime de Yasmina Reza, le ton est grave et l’humour féroce va crescendo. Nous assistons à la déconstruction de ces trois protagonistes et nous retrouvons au cœur même de leurs fêlures, leurs âmes. Ce trio va se dévoiler, s'avouer des vérités qui blessent au puéril de leur amitié. Qui n’a jamais eu envie de balancer à son meilleur ami :
«Je trouve ta femme laide rugueuse et sans charme»
«Qui es tu toi pour t’estimer supérieur ?»
«Tu n’as pas de consistance. Tu es un être hybride et flasque.»
Les dialogues sont jouissifs, cruels, percutants et pourtant si drôles. On passe par toutes les étapes du rire : le rire sincère, sarcastique et jaune. Certaines répliques sont révélatrices  avec des mots qui polluent et d'autres qui guérissent. On retrouve un peu de nous en chacun des personnages du livre  ce qui nous conduit à une réflexion sur soi,  sur les autres et  va nous pousser à remettre en question le fondement de l’Amitié.
Car une amitié  n’est ce pas connaitre l’autre et l’aimer quand même ? Qui ose dire à son meilleur ami, un « Je T’Aime » sincère et pur, comme cela,  gratuitement sans rien attendre en retour ? Pourquoi est ce si gênant, au fond, de se dévoiler ? Peur du malaise, de l’ambiguïté, de l’interprétation, de la mise à nue ? Pourquoi attendons-nous toujours qu’il soit trop tard ? Il est si difficile de vivre avec des regrets, nous le savons et pourtant nous le faisons.
NOUS LE FAISONS.
Attention à l’effet miroir.  Trois portraits au vitriol qui ne vous laisseront pas indemne.
Y. Reza, P. Vaneck, F. Lucchini et P. Arditi
"Art" 1994 Un pur chef d'oeuve
  


Citations : 
SERGE : Mais qui es-tu, Marc ?!... Qui es-tu pour imposer ta loi ? Un type qui n'aime rien, qui méprise tout le monde, qui met son point d'honneur à ne pas être un homme de son temps...
MARC : Qu'est-ce que ça veut dire être un homme de son temps ?
***
MARC : Un garçon qui nous apportait sa singularité et qui s'escrime maintenant à la gommer...
SERGE : Qui "nous" apportait ! Est-ce que tu réalises ce que tu dis ? Toujours en fonction de toi ! Apprends à aimer les gens pour eux-mêmes, Marc.
***
YVAN : Comment tu les vois ?
MARC : Pardon ?
YVAN : Les lignes blanches. Puisque le fond est blanc, comment tu vois les lignes ?
MARC : Parce que je les vois. Parce que mettons que les lignes soient légèrement grises, ou l'inverse, enfin il y a des nuances dans le blanc ! Le blanc est plus ou moins blanc !
***
SERGE : Et en liquide. Car j ai appris un truc, tu ne peux pas payer [le psy] par chèque. Freud a dit, il faut que tu sentes les billets qui foutent le camp"
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lundi 1 avril 2013

Le combat ordinaire 3. Ce qui est précieux

Manu LARCENET
Edition : Dargaud



[…]Mon père est mort. Je ne crois pas que je mesure encore bien toute l’étendue du cataclysme. Quand je ne serai plus anesthésié par la brutalité de sa disparition, j’entreverrai alors peut-être toute l’étendue intime du deuil. Pour conjurer la peur, depuis tout môme, j’ai imaginé ce moment sous toutes ses coutures. Je l’ai tellement fantasmé que lorsqu’il est arrivé j’ai été soulagé. Etrangement, c’est comme si je m’étais dit : «On y est, c’est arrivé. Une horreur de moins à vivre, c’est toujours ça de pris.» Mais dans les innombrables fantasmes morbides, il y a une chose que je ne pouvais pas savoir, rien ne prépare à la permanence de l’abomination. […]
Après ce passage, que puis-je écrire dans mon billet qui soit aussi puissant ? Je cherche au fond de moi, le vide complet. Comment être à la hauteur de cette BD bouleversante, de ce texte violent ?
Quand on lit Le combat ordinaire 3, on est au-delà de tout cela.   Sa lecture nous laisse face à nous même, elle nous rentre à l’intérieur. Il est difficile d’en ressortir indemne.
Pourquoi ? Parce que la mort, tout le monde y est confronté un jour ou l’autre. Certains se murent dans le silence, d’autres hurlent leur douleur. Il y  a ceux qui ont besoin d’être entouré et d’autres, qui comme moi, préfèrent se retrouver seuls et étouffent leurs cris pour que personne ne les entendent.
Puis vient le moment des souvenirs. Des odeurs, une boite remplie de photos,  une chanson, un parfum qui un jour, comme ça, au moment ou l’on s’y attend le moins va  nous ramener à un instant unique de notre vie ou au contraire nous transpercer le cœur, car malgré les mois et les années qui passent, nous n’oublions jamais. La douleur est endormie prête à exploser. Nous ne sommes jamais prêts à l’absence, au manque, à l’abomination.
Alors deux choix  s’offrent à nous : Marcher ou Crever,
Je me suis levée et j’ai marché!

manU Larcenet ou l’art de trouver ce qu'il y a de précieux en Moi.
 
 
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